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Trad wife : la femme au foyer traditionnelle 2.0

Et si vous pouviez remonter le temps, revenir aux années 1950 et vous glisser dans le tablier d’une femme au foyer de l’époque ? C’est le choix que font certaines femmes. Si vous êtes sur les réseaux sociaux vous avez peut-être vu passer un nouveau phénomène venu des États-Unis : la trad wife. La trad wife est une jeune femme au foyer, vêtue et maquillée comme une pin-up, qui évolue dans un intérieur rétro qu’elle ne quitte pas pour concocter de délicieux petits plats à son mari. Bref, bienvenu en patriarcat.

Pour résumer, la trad wife c’est l’épouse parfaite des années 1950 en tout cas, c’est l’idée que s’en font ces jeunes femmes nées pour la plupart dans les années 2000. Au-delà de cette façade colorée, les trad wives incarnent aussi des valeurs ultra conservatrices qui peuvent s’avérer dangereuses pour le droit des femmes.

D’où vient ce mouvement qui inquiète les féministes et doit-on le craindre ? La trad wife incarne-t-elle une version 2.0 de la femme traditionnelle ?

La trad wife, contraction de traditional wife traduisez par « femme traditionnelle » a vu le jour aux États-Unis. Difficile de donner une date précise néanmoins, cette tendance a pris son essor sur les réseaux sociaux en 2017, pendant la présidentielle américaine.

La trad wife correspond-elle vraiment à l’épouse parfaite du milieu du XXème siècle ?

Un style à la Mad Men

Les trad wives ont entre 20 et 30 ans, mais adoptent les codes vestimentaires d’un passé révolu, qu’elles n’ont clairement pas connu : les années 1950.

Elles arborent un style vestimentaire rétro tout droit sorti de la série Mad Men. Dans cette série on suit de grands publicitaires new-yorkais des années 1950. Les hommes en costume cravate vont travailler au bureau, fument et boivent du Whisky, rient et se donnent de grandes tapes dans le dos lorsque l’un d’entre eux formule des réflexions sexistes. Les femmes portent des robes sabliers, leur mise en pli est toujours parfaite et leurs lèvres sont rehaussées de rouge à lèvres.  Celles qui sont célibataires exercent le métier de secrétaire auprès de ces messieurs. Elles sont aussi leurs maîtresses parfois. Les femmes mariées, elles, restent à la maison pour s’occuper des tâches ménagères et des enfants.

Ce style rétro se retrouve aussi dans la décoration d’intérieur de certaines trad wives. Au-delà d’une simple esthétique empruntée au siècle passé, ce mouvement en emprunte aussi les idées.

La trad wife prône des valeurs conservatrices

Outre son apparence et son intérieur, la trad wife glorifie des valeurs chrétiennes et ultra conservatrices.

  • La soumission de la femme. Le mari détient seul le pouvoir décisionnel au sein du couple, tandis que l’épouse se met à son service, y compris sur le plan sexuel.
  • Une répartition genrée des tâches. Madame est la ménagère, elle s’occupe des tâches domestiques et des enfants. Monsieur est le pourvoyeur, il travaille pour subvenir aux besoins de sa famille, il porte seul les responsabilités matérielles et financières du foyer.
  • Le rejet du féminisme.
  • Anti-avortement

Le mouvement trad wife est très politisé aux États-Unis. Il est notamment soutenu par certaines figures de l’alt-right, selon l’article du New-York Times « The housewives of white supremacy ». Ce courant de la droite radicale américaine est un mouvement misogyne, raciste qui prône la suprématie blanche. Par ailleurs, les trad wives sont également très proches de Donald Trump, qu’elles ont soutenues activement durant les élections présidentielles de 2017 et 2024.

Le mouvement trad wife est également lié au mormonisme. Si seulement 1,5% des Américains se revendique mormon en 2022, cette église, parfois assimilée à une secte, est très présente dans certains états comme l’Utah où le pourcentage de mormons dépasse les 60%. Les mormons prêchent des valeurs traditionnelles avec une répartition des rôles conventionnels entre les hommes et les femmes.

La trad wife 2.0 serait donc une l’incarnation de la parfaite femme au foyer des années 1950, pourtant est-ce vraiment le cas, ou bien ce modèle n’est-il qu’un idéal fantasmé ?

La femme au foyer des années 1950 est avant tout une mère au foyer

La femme au foyer des années 1950 est avant tout une mère au foyer. Après la Seconde Guerre mondiale, la France est en pleine reconstruction. Le pays entre dans une période de forte expansion économique dont le rythme se poursuivra jusqu’au premier choc pétrolier de 1974. Ce sont les Trente Glorieuses (1945-1975). Ces années sont marquées par:

  • une croissance industrielle rapide
  • une modernisation des infrastructures
  • une amélioration générale du niveau de vie.

C’est dans ce contexte que l’État français met en place une politique familiale incitative pour stimuler la natalité et soutenir les familles. Le salaire des femmes généralement plus faible que les frais de garde des enfants les incite à devenir mères au foyer.

La femme des années 1950 enfermée entre tradition et dépendance

De plus, la société valorise le modèle familial traditionnel avec une répartition des rôles bien définie. L’homme pourvoie aux besoins financiers de sa famille, tandis que la femme entretient le foyer et éduque les enfants. Les institutions, les médias et la société en général soutiennent cette vision en renforçant le rôle domestique attribué aux femmes.

Malgré l’apparition des premiers appareils électroménagers, peu de ménages y ont accès. Pas de lave-linge, donc en bonne ménagère, la femme au foyer des années 1950 lave son linge à la main. Ce qui inclue bien sûr les langes des bébés puisque les couches jetables feront leur apparition dix ans plus tard. Pas de réfrigérateur, elle doit donc s’approvisionner quotidiennement en produits frais pour nourrir sa famille. Tout cela, elle doit le faire tout en s’occupant des enfants, parfois en étant enceinte puisqu’il faut repeupler la France.

Par ailleurs, les femmes sont dépendantes financièrement de leur mari. En effet, jusqu’en 1965, elles ne sont pas autorisées à:

  • posséder un compte bancaire
  • travailler sans avoir le consentement de leur mari.

Le tableau d’une femme dépendante de son mari qui enchaîne les corvées domestiques ainsi que les grossesses fait tout de suite beaucoup moins rêver.

La trad wife 2.0, une idéalisation de la femme au foyer des années 1950

Le modèle des tradwives est une version édulcorée et idéalisée de la femme au foyer des années 1950, loin de la réalité comme nous allons le voir dans cette partie.

Une trad wife qui veut et peut être femme au foyer

Tout d’abord, la trad wife 2.0 exerce une activité professionnelle. Quel que soit le nom que vous lui donnez : youtubeuse, influenceuse ou créatrice de contenu, elle n’est pas vraiment femme au foyer. En effet, scénariser, filmer, monter des vidéos, rédiger des posts sur les réseaux sociaux, créer des partenariats est un véritable emploi. Grâce à ce travail, elle génère des revenus et cela change tout car, contrairement à la femme au foyer des années 1950, elle a une certaine indépendance financière.

De plus, pour être femme au foyer il ne faut pas seulement le vouloir, il faut aussi le pouvoir. À notre époque, peu de ménages parviennent à assumer les charges d’un foyer avec un seul salaire.

Ensuite, une trad wife 2.0 est généralement femme au foyer par choix. En 1950, ce sont les maris qui décidaient pour leurs femmes. Rappelez-vous, il a fallu attendre 1965 pour que les femmes puissent exercer librement une activité professionnelle sans avoir à en aviser leur conjoint.

Un quotidien différent entre femme au foyer des années 1950 et trad wife 2.0

Enfin, le quotidien de la trad wife 2.0 est bien différent de celui de la femme des années 1950. D’une part, parce qu’elle possède un électroménager varié que n’avait pas la femme au foyer des années 1950 : frigo, machine à laver, aspirateur, robot multifonctions. D’autre part, parce que de nombreux services sont à sa disposition : garderie pour les enfants, drive ou livraison à domicile pour les courses ou les repas, aide-ménagère. Ce type de prestations ne sont plus réservées à une élite. Par conséquent, les tâches domestiques sont moins harassantes et chronophages qu’il y a 70 ans.

Le quotidien des femmes en 1950 est ainsi très éloigné de ce que les trad wives 2.0 affichent aujourd’hui sur Internet. Par ailleurs, ce mode de vie n’est pas accessible à tous et concerne donc des familles privilégiées.

Alors que les femmes se sont battues durant des décennies pour leur émancipation, pourquoi ces jeunes femmes semblent préférer un mode de vie qui sonne comme un véritable retour en arrière ?

L’esthétique tendance des années 50

Si vous parcourez un peu leurs comptes Instagram ou Tik Tok des trad wives, vous verrez essentiellement de belles femmes, féminines et souriantes, vêtues de jolies robes colorées, bien coiffées et bien maquillées. Elles évoluent dans un intérieur rétro, un design qui avait déjà fait son grand retour il y a dix ans avec la collection années 1950 de la marque SMEG.

Par conséquent, le mouvement tradwife attire par son esthétique rétro fortement marquée.

Un mode de vie traditionnel en réponse à la pression du monde moderne

Des exigences accrues envers les femmes ont accompagnées l’émancipation des femmes. Nous devons réussir notre vie de femme, d’épouse, de mère tout en menant une carrière professionnelle brillante.

Le mouvement trad wife s’inscrit dans le rejet de ces pressions sociales. Certaines jeunes femmes peuvent voir ce style de vie comme une manière d’échapper à la charge mentale imposée par une carrière, une vie de famille, et des attentes sociales pesantes. Le retour à une répartition des tâches traditionnelle semble alors répondre à la volonté de retrouver un mode de vie plus simple et confortable.

La revendication d’un choix de vie vécu comme un empowerment

Pour certaines femmes, devenir femme au foyer est un choix parfois économique mais souvent difficile à porter car mal considéré. Faire partie d’un mouvement comme celui des trad wives peut être perçu comme une forme d’empowerment. Ces femmes ne subissent plus leur choix. Au contraire, elles affirment:

  • s’épanouir dans leur rôle
  • choisir un mode de vie aligné avec leurs propres valeurs
  • démontrer que les tâches domestiques peuvent être valorisantes

La puissance des réseaux sociaux, un atout pour le mouvement trad wife

La tendance trad wife a vu le jour sur les réseaux sociaux, et on le sait, ils sont le meilleur moyen d’atteindre rapidement un large public. En outre, ils sont d’importants leviers d’influence notamment auprès des jeunes générations.

Certaines trad wives populaires comptabilisent un nombre impressionnant d’abonnés et sont très actives sur Tik Tok :

La popularité de cette tendance sur les réseaux sociaux, combinée à une esthétique attrayante et des vidéos soigneusement scénarisées, pourraient encourager certaines jeunes filles à embrasser un mode de vie qui les priverait de leur autonomie.

Si le mouvement trad wife attire par son esthétique et ses valeurs rassurantes, il comporte aussi une face sombre. Derrière des apparences séduisantes véhiculées les réseaux sociaux, embrasser ce mode de vie peut comporter des risques pour les femmes.

La dépendance financière, une illusion de sécurité

Le mari assume seul la charge financière dans ce mode de vie, ce qui peut sembler sécurisant, mais cette dépendance expose à des risques :

  • En cas de séparation. En cas de divorce, l’épouse se retrouve sans situation professionnelle. Par conséquent elle est incapable de subvenir à ses besoins et à ceux de ses enfants. Cela peut la mener à une situation précaire ou la pousser à rester dans une relation toxique voire violente.
  • En cas de perte d’emploiUne perte d’emploi se transforme alors en situation dramatique.
  • En cas de décès du conjoint. Même si des aides ou des assurances prennnet le relai, l’impact sur le budget fragilise davantage l’équilibre familial.

Par conséquent, le modèle trad wife rend les femmes financièrement vulnérables. Certaines femmes restent alors dans une relation qui ne leur convient pas, uniquement par manque de moyens. En outre, la pression liée à la responsabilité financière, qui repose uniquement sur les épaules du mari, engendre énormémemnt de stress pour les hommes.

Le mouvement trad wife, une image faussement idyllique

Les réseaux sociaux présentent la vie des trad wives comme une version édulcorée de la réalité, où l’on met souvent en scène des femmes privilégiées mariées à des hommes ayant une excellente situation.

Cependant, les photos sur Instagram et les vidéos sur TikTok ne montrent pas l’isolement que peuvent ressentir certaines femmes au foyer. Le bonheur domestique qu’elles montrent sur les réseaux est parfois une façade qui peut cacher une grande frustration.

D’ailleurs, certaines trad wives parmi les figures du mouvement ont quitté ce mode de vie. C’est ce que rapporte la chronique de France Inter « La tradwife rend son tablier ! ». Lauren Southern, par exemple, affirme que son mari l’a totalement asservie. Elle avertit des dangers liés au modèle trad wife dans la vidéo disponible sur YouTube intitulée The Inetrnet Breeds Dangerous Ideologies.

Malgré tout, au-delà des risques individuels, ce mouvement représente-t-il un réel danger pour le droit des femmes en général ?

Faut-il craindre le mouvement trad wife ? Oui et non. Réponse de normand, je vous l’accorde, mais je m’explique.

Pour quelles raisons devons-nous craindre le mouvement tradwife ?

Derrière l’aspect inoffensif et nostalgique de la trad wife, se cache une idéologie réactionnaire qui prend de l’ampleur aux Etats-Unis.

Le mouvement trad wife est dangereux car :

  • Il remet en cause certains droits acquis par les femmes, notamment le droit à l’avortement.
  • Il véhicule des idées rétrogrades : soumission de l’épouse à son mari, répartition genrée des tâches
  • Il renforce les stéréotypes sexistes en cantonnant les femmes à un rôle purement domestique. Leur seule valeur est alors d’être une bonne épouse et une bonne mère.
  • Il rend les femmes dépendantes de leur mari, ce qui empêche souvent les femmes de quitter leur mari même si celui-ci est violent.

Il ne faut pas avoir peur des trad wives en France, mais rester vigilants

L’idéologie trad wife est très populaire outre-Atlantique car elle s’intègre dans une vision politique globale, celle des conservateurs, celle de Donald Trump. Or, l’histoire et les valeurs des États-Unis ne sont pas les mêmes en France. Les positions prises par chaque pays sur l’avortement ou la peine de mort en sont des exemples.

En outre, la religion mormone à laquelle adhère de nombreuses trad wives est peu présente en France. Elle compte environ 20 000 adeptes soit 0,03% des Français contre 2% aux États-Unis.

Par conséquent, en France, le mouvement fait peu d’émules et il est moins politisé. En effet, un discours politique public visant à ramener les femmes aux fourneaux et prônant la soumission de la femme serait difficile à assumer dans le pays de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, même pour un parti d’extrême droite.

Néanmoins, nous devons rester méfiantes. Si le mouvement trad wife reste anecdotique en France, l’idéologie masculiniste prend de l’ampleur dans l’hexagone, même parmi les femmes. En effet, Thaïs Descufon, jeune militante d’extrême droite, tient un discours radicalement anti-féministe. Elle approuve notamment la soumission volontaire des femmes. Elle va même plus loin en ridiculisant le mouvement féministe. Sur sa chaîne You Tube, elle déclare « aider les hommes à sortir du célibat imposé par le monde actuel ». Vous y trouverez des vidéos telles que :

  • Pourquoi les femmes sont devenues capricieuses ?
  • Où sont passés les vrais hommes ?
  • D’où vient la misère sexuelle masculine ?
  • Pourquoi la morale féminine détruit la société ?

Ainsi, si les trad wives sont des femmes, les masculinistes ne sont pas uniquement des hommes. Leurs idées se rejoignent et menacent le droit des femmes.

Le mouvement trad wife est un phénomène à deux visages.

D’un côté, il y a l’aspect inoffensif avec la nostalgie des années 1950 et son esthétique rétro. De l’autre côté, un conservatisme inquiétant qui propage des idées rétrogrades et misogynes. Je vous invite vivement à regarder le reportage d’Elise Lucet pour envoyé spécial sur l’Amérique des trad wives.

Si en France, ce mouvement reste pour l’instant marginal et peu influent, la montée en puissance d’un masculinisme proche de l’extrême droite malmène l’image féminine. Par ailleurs, il pourrait devenir un danger pour nos droits comme cela est le cas avec le recul du droit à l’avortement aux États-Unis. Restons sur nos gardes!

Pour conclure, devenir femme au foyer doit rester un droit et un choix conscient.  Cependant ce droit ne doit pas signifier une perte d’indépendance ou de liberté pour les femmes. Ce choix doit se faire en ayant conscience des risques que cette situation peut comporter. Restons libres de nos choix.

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