Itinéraire d’une femme de quarante ans en préménopause
27/11/2024/
En général, la ménopause intervient entre 45 et 55 ans, chez moi, elle est arrivée bien plus tôt. Trop tôt ? Peut-être… Est-ce que c’est normal en préménopause à quarante ans ?
Je vous emmène avec moi sur le parcours chaotique de la préménopause. Un itinéraire où il est difficile de trouver sa direction au milieu d’un brouillard d’inquiétude et de désarroi. Un chemin parsemé d’obstacles : incompréhension, tabou et méconnaissance. Attachez vos ceintures, le départ est imminent et le trajet sera sinueux.
Départ progressif d’une femme de quarante ans vers la préménopause
La préménopause n’est pas arrivée brutalement dans ma vie, elle s’est installée progressivement. Effectivement, à 40 ans je suis passée d’un cycle régulier à un cycle irrégulier avec des mois sans menstruations et d’autres où elles surgissaient deux fois. J’ai d’abord mis ça sur le compte du stress. Cette situation a duré presque deux ans. Lorsque l’absence de règles s’est comptée en mois, j’ai commencé à m’inquiéter. Et si j’étais enceinte ? Une nouvelle grossesse était inenvisageable, mais non.
Lorsque les premières bouffées de chaleur sont arrivées quelques mois plus tard, il n’y avait plus de doute, pour moi, j’étais ménopausée. C’est à partir de là que j’ai commencé à me renseigner notamment sur Internet. Au fil de mes lectures, j’ai appris que j’étais en préménopause. En fait, la ménopause se caractérise par 12 mois consécutifs sans règles, ce qui n’était pas mon cas puisque mes règles sont réapparues au bout de sept mois.
Être ménopausée ne me posait pas de problème, après tout j’avais déjà deux enfants et n’en voulais pas d’autres. Ainsi, je vivais cet aspect-là de la ménopause comme une délivrance même si je pensais qu’elle n’intervenait qu’autour de la cinquantaine. Cependant, un symptôme me dérangeait : les bouffées de chaleur. Elles apparaissaient pendant quelques semaines puis disparaissaient pendant plusieurs mois. À ce stade, ce n’était pas handicapant, juste gênant.
Première étape : la préménopause à quarante ans, est-ce normal pour une femme ?
Au fil de mes lectures, j’ai été rassurée en ce qui concerne l’âge. En effet, on parle de ménopause précoce avant 40 ans. J’étais rassurée. Jusqu’au jour où une collègue de travail me demande si je peux la dépanner d’une protection périodique. Elle m’explique qu’elle n’avait pas prévu parce que depuis plusieurs mois son cycle était devenu complètement anarchique. Je lui dis que je comprenais car je vivais la même chose depuis déjà deux ans.
Et là, elle m’a regardée l’air outré :
« Quoi ? La ménopause, à ton âge ! Moi j’ai plus de cinquante ans, c’est normal mais toi… »
Est-ce que j’étais vraiment un cas à part ? Et pourquoi ce ton légèrement condescendant alors que nous avons toujours eu des rapports très cordiaux voire amicaux ?
Face à ce jugement je me suis souvenue que dans les articles que j’avais lu le terme ménopause était souvent associé à tabou. J’étais étonnée. Pourquoi la ménopause serait-elle taboue ?
Dans la voix de ma consœur, j’avais senti qu’elle vivait ça comme une sorte de compétition. Une course, dans laquelle il serait préférable de franchir la ligne d’arrivée en dernier.
Deuxième étape : la ménopause est-elle un sujet tabou ?
La réaction de ma collègue m’a poussé à aborder le sujet avec mes proches : ma mère, mes copines, mon compagnon. Mon conjoint a même commencé à s’informer de son côté, à me partager ses découvertes, bref à s’intéresser à ce que je vivais. Alors pourquoi de nombreux articles proclament-ils que la ménopause est taboue ?
Informer et accompagner les femmes est donc essentiel, d’autant plus que la ménopause est encore trop souvent considérée comme un tabou social. »
La réponse se trouverait dans les chiffres d’une enquête menée en 2008 par Essity, groupe qui commercialise des produits d’hygiène et de santé. Cette étude montre que :
41% des femmes considèrent que la ménopause est un sujet tabou.
72% à éviter de parler de la ménopause en public
50% des femmes n’aborde pas le sujet avec son partenaire
54% des femmes sont gênées de parler de la ménopause car elle est associée à la vieillesse
Est-ce la ménopause qui est taboue ou l’avancée en âge de la femme ? Des chercheurs affirment que la ménopause serait directement liée aux comportements des hommes. Plus précisément à leur penchant pour les femmes plus jeunes.
(…) Après 45 ans, si l’on suit l’intérêt des hommes pour la jeunesse, la fertilité des femmes deviendrait presque « inutile ».
L’étude affirme que le corps des femmes plus mûres ce serait adapté à l’attitude des hommes de générations en générations. Des propos nuancés par d’autres chercheurs, mais qui rejoignent certaines réflexions ironiques auxquelles les femmes peuvent parfois faire face : « Fais gaffe il va partir avec une plus jeune. », « Attention bientôt la date de péremption ». Vous savez ces réflexions tellement « marrantes » qu’elles soutirent à son auteur un gros rire bien gras.
L’avancée en âge est-il vraiment ce qui transforme un phénomène naturel en tabou ou le problème est-il plus profond ? Serait-il lié à un désintérêt du corps médical pour la femme ménopausée, « La femme invisible » dont parle la journaliste Maïtena Biraben dans son livre. Cette femme devenue obsolète que Maïtena met aussi en lumière dans Mesdames.media avec Alexandra Crucq.
Troisième étape : une femme en préménopause à quarante ans, c’est une pathologie
J’ai décidé de consulter après avoir sauté plusieurs rendez-vous chez le gynécologue depuis ma dernière grossesse. Après bien des recherches, je n’ai pas trouvé de gynécologue prenant de nouveaux patients. Une amie m’a conseillé de voir une sage-femme.
J’ai trouvé une sage-femme à proximité, qui précisait sur Doctolib détenir une expertise en ménopause. Le jour du rendez-vous, j’étais donc confiante.
«Qu’est-ce qui vous amène ?»
Je lui explique l’absence de règles, les bouffées de chaleur. Après les examens d’usage elle précise :
«Une préménopause à 40 ans c’est trop tôt. Je ne prends pas en charge les pathologies. Il faut vous tourner vers un gynécologue. »
C’est la douche froide. La préménopause chez une femme de quarante ans est une pathologie. Ses paroles allaient à l’encontre de ce que j’avais pu lire ou écouter. Les examens se sont avérés normaux et mes bouffées de chaleur se sont estompées. Par conséquent, j’ai repris le cours de ma vie.
Quatrième étape : je ne suis pas la seule femme en préménopause de quarante ans
Lesbouffées de chaleuront fait leur grand retour plusieurs semaines après ce rendez-vous chez la sage-femme. Elles étaient plus virulentes et me laissaient peu de répit c’est pourquoi je me suis tournée vers mon généraliste.
Je lui ai parlé des bouffées de chaleur lui ai précisé que la sage-femme m’avait alerté quant à mon âge et qu’elle considérait donc ma ménopause pathologique. Petit rire moqueur :
« Vous n’êtes pas non plus la première femme de quarante ans à être en préménopause dans cette ville ».
Un peu violent non ? Si la forme n’y était pas, le fond demeurait rassurant: je n’étais plus un cas pathologique. Me voici redevenue anonyme et insignifiante au milieu de la foule des quadras préménopausées.
Je repars avec une ordonnance pour de la phytothérapie et une incitation à passer prendre une tisane spéciale ménopause à l’herboristerie. Je ne me suis pas sentie écoutée, encore moins comprise.
Les tisanes et la phyto n’ont rien amélioré du tout. Je devais donc prendre sur moi et attendre que ça passe.
Cinquième étape : une femme de quarante ans seule face à la préménopause
Un an plus tard, les bouffées de chaleur sont quotidiennes et me mènent la vie dure. Si je réussis à gérer le jour, la nuit, en revanche, c’est un calvaire. Les suées me réveillent toutes les heures. Je suis obligée d’envoyer valser la couette et cinq minutes plus tard me voici à la recherche des couvertures pour me couvrir. Je peine, ensuite, à rejoindre les bras de Morphée. Mes nuits raccourcissent dangereusement, mon sommeil est morcelé. Je suis fatiguée. Le manque de sommeil pèse sur mon moral et sur mon humeur. Je commence à broyer du noir. Je perds facilement patience.
Au fil des mois, les bouffées de chaleur s’intensifient encore, elles sont plus fréquentes aussi. Physiquement c’est éprouvant. Outre cette sensation de chaleur intense, j’ai des palpitations et je suis régulièrement au bord du malaise. Socialement c’est gênant. Je deviens rouge, je transpire, mon visage devient visage luisant et que j’ai besoin impérieux de me dévêtir.
Je continue à prendre sur moi, jusqu’à ce que la fatigue fasse place à un profond épuisement. Les malaises et les palpitations se répètent. L’inquiétude me pousse à appeler mon médecin. Pas de rendez-vous possible avant un mois. Un mois !
Le lendemain en allant chercher mon fils à l’école, je fais un énième malaise, ça me tracasse, je ne me vois pas rester dans l’incertitude pendant trente jours. Je décide de contacter un médecin en ligne et là ô miracle, j’obtiens un rendez-vous le lendemain. Cette téléconsultation débouche sur la prescription d’une analyse de sang. Dans la foulée j’arrive à décrocher un rendez-vous avec un gynécologue, quinze jours plus tard, dans le nouveau centre de santé. Par miracle, un désistement me permet aussi d’avancer le rendez-vous au jour qui précède la consultation gynécologique. Je saute sur l’occasion. Les planètes semblent enfin s’aligner.
Les résultats de la prise de sang montrent une carence en vitamine D et le dosage hormonal semble confirmer la préménopause. Pour le reste : rien à signaler.
Sixième étape : 50% de l’humanité vit sans problème sans œstrogènes
C’est le jour du rendez-vous avec mon généraliste. Je lui montre mes résultats d’analyse, lui parle de mon désarroi face aux symptômes que je rencontre: la fatigue, les bouffées de chaleurs qui me réveillent toutes les heures, mes douleurs articulaires. Le manque de vitamine D explique ma fatigue et effectivement le taux de mes hormones montre que je me dirige vers la ménopause sans y être tout à fait. Je suis en préménopause. Tous mes symptômes sont liés à cet état : les douleurs articulaires, les suées nocturnes, les palpitations, les malaises. Mais…
« Je ne suis pas adepte des traitements hormonaux et je ne m’en cache pas. »
Sa réponse sonne comme une sentence : je suis contre, le sujet est clos. Je n’ose même pas demander pourquoi tellement le ton est cinglant.
De toute façon, ce n’est pas sa spécialité et j’ai rendez-vous le lendemain avec un spécialiste.
Il rajoute ensuite :
« Et puis, 50% de l’humanité vit très bien sans œstrogènes sans que ça ne pose de problème. »
Je suis sidérée, incapable de rétorquer. Est-ce que ce que j’ai bien compris ? Les hommes vivent très bien sans estrogènes donc arrête de chouiner, serre les dents et attend que ça passe. Manque plus que la petite tape dans le dos.
Est-ce le moment de lui dire que 50% de l’humanité vit également très bien sans couilles ?
Je suis estomaquée, mais je ravale mes paroles.
Je repars avec une ordonnance pour de la vitamine D, une ostéodensitométrie et des compléments alimentaires pour soulager mes coups de chaud. Je repars aussi avec la confiance que j’avais mise en mon médecin. J’ai l’impression que sa prescription se limite à de l’eau sucrée, un placebo pour que j’arrête de me plaindre. Le bisou magique que l’on donne à un enfant pour qu’il sèche ses larmes « Allez, ne pleure pas, ce n’est rien. »
Septième étape le gynécologue : la préménopause est la période la plus difficile à vivre pour une femme
Le lendemain, sur le trajet qui me conduit chez le gynéco, je suis fébrile. J’aurais préférée être reçue par une femme, elle aurait peut-être été plus compréhensive. Le rendez-vous de la veille avec mon médecin m’a vraiment affectée.
J’expose mon problème : les bouffées de chaleurs qui deviennent invivables et m’empêchent de dormir.
Il entre alors dans des explications relativement fournies :
En moyenne la ménopause survient à 51 ans, mais pour 10% des femmes elle surgit entre 40 et 45 ans. L’âge à laquelle ont est ménopausée est souvent corrélée à celle de notre mère. Pas dans mon cas…
La ménopause n’est pas soudaine, c’est un processus progressif. C’est ce qu’on appelle la préménopause.
Pour parler de ménopause il faut une absence de règles durant douze mois consécutifs donc ce n’est pas mon cas.
Les symptômes désagréables sont dû au chaos qui accompagne la chute des hormones : œstrogènes et progestérone. Les deux hormones baissent de façon variable ce qui entraîne des manifestations désagréables telles que les bouffées de chaleur.
Il me montre ensuite un graphique sur son ordinateur qui représente la baisse des œstrogènes et de la progestéronedurant la préménopause. Effectivement leur chute n’est pas linéaire et ne se fait pas au même rythme. Les désagréments que je subis résultent de cette baisse désordonnée.
Je repars donc avec mon ordonnance de progestérone naturelle et une autre pour passer une mammographie. Il précise qu’à partir de quarante, il faut faire cet examen et que la mammographie est d’autant plus importante lorsqu’on prend un traitement pour la ménopause.
Il ajoute que les tisanes peuvent aussi être des alliées intéressantes. Selon les patientes les compositions qui fonctionnent peuvent différer alors il m’incite à tester d’autres formules et donc à retourner à l’herboristerie.
Il me raccompagne, me regarde et ajoute :
« Pour moi, la préménopause est certainement la période la plus difficile à vivre pour les femmes. »
C’était la phrase que j’avais besoin d’entendre. Je me suis sentie écoutée et comprise donc en confiance.
Huitième étape : itinéraire d’une quadragénaire en préménopause, affaire à suivre…
Cela fait trois semaines que je prends de la progestérone. Mes bouffées de chaleur n’ont pas disparues, néanmoins elles sont moins nombreuses et surtout moins intenses.
Je continue à lire et compiler des informations sur la ménopause. J’ai notamment appris qu’un déficit en vitamine D est parfois observé chez les femmes ménopausées. Cela expliquerait donc que je sois carencée puisque je ne vis pas dans une grotte ou cloîtrée chez moi et que j’ai une alimentation variée. Mon médecin aurait pu le préciser même si cela lui aurait demandé de s’intéresser à 50% d’une humanité pleurnicharde. Cette même part de l’humanité qui fait face tous les mois à des douleurs de règles et qui accouche parfois sans péridurale, juste en serrant les dents. Oui, il y a des réflexions, qui ne passent pas, des mots durs à avaler et qui me mettent en colère.
La colère d’une femme de quarante ans : la ménopause est un manque de considération et non un tabou
Oui, je suis en colère.
Tout d’abord, je suis en colère contre moi-même. Je m’en veux de ne pas avoir osé dire tout haut à mon médecin que je trouvais ses réflexions inappropriées voire humiliantes. Effectivement, 50% de l’humanité ne possède pas d’œstrogènes mais est-ce une raison pour négliger les 50% restants. Ces 50% d’humaines qui vivent la moitié de leur vie avec des estrogènes et font sans l’autre moitié de leur vie ? Ces mêmes œstrogènes sans qui, vous messieurs, vous ne seriez pas là. Alors oui, ça ne passe pas parce que malgré les progrès réalisés quant à l’égalité homme/femme, la violence masculine existe encore et qu’elle n’est pas seulement dans le geste mais aussi dans la parole.
Ensuite, je suis en colère contre le manque de considération du corps médical pour les 14 millions de femmes ménopausées en France (chiffre disponible l’article du ministère de la santé cité plus haut). Je suis en colère contre une société qui rend ces 14 millions de femmes transparentes. Je suis en colère contre les hommes qui pensent mieux savoir que nous ce que nous devrions ressentir, vivre ou penser.
Pour finir, je suis en colère contre les médias qui construisent un tabou autour de la ménopause alors qu’il n’y a pas de tabou. Les femmes en parlent librement de la préménopause et de la ménopause. Le véritable problème réside dans le manque de considération du monde médical, c’est très différent.
Conclusion : itinéraire d’une femme de quarante ans en route vers la ménopause
Si vous êtes arrivée à la fin de son long texte c’est que d’une part la lecture n’est pas morte et que d’autre part vous êtes concernée directement ou indirectement par les problématiques que les femmes en préménopause ou ménopause rencontrent pour être entendues puis écoutées.
La colère emporte souvent avec elle le positif alors rééquilibrons les faits. J’ai eu la malchance de me trouver face un médecin maladroit et je pèse mes mots, cependant j’ai pu échanger avec un spécialiste compétent et humain. Par ailleurs, j’ai la chance de partager ma vie avec un homme compréhensif et attentionné. Oui, je suis plutôt chanceuse finalement.
A travers ce texte je veux montrer que la ménopause n’est pas taboue. La préménopause à quarante ans c’est jeune. La préménopause à quarante ans c’est trop jeune quand on sait que la quarantaine est l’âge de tous les possibles mais ça arrive. Mon itinéraire n’est pas terminé pourtant je me demande s’il est plus chaotique ou moins chaotique qu’un autre. Ça, c’est à vous de me le dire.
Papotons ensemble :
Avez-vous rencontré des difficultés sur le chemin de la (pré)ménopause.
Si oui, comment les avez-vous gérés ?
Vers qui vous êtes-vous tournée pour trouver les réponses à vos questions ?